A la recherche de la soeur perdue


La ressemblance est frappante. Nous en rions, naturellement, afin de briser la glace. April, Katriz et

Elmer viennent de la même famille. Comme la plupart des familles, ils partageaient le même toit

jusqu’à ce que les aléas de la vie les séparent longuement. Pendant près de trois ans, ils vécurent

loin les uns des autres. Alors qu’April et Elmer ont pu se réunir il y a une année, c’est aujourd’hui au

tour de Katriz de venir compléter le trio. Désormais, ils habiteront à nouveau sous le même toit.

April est l’aînée de la famille. Cette fougueuse jeune-fille de 17 ans a fait des retrouvailles avec son

frère et sa soeur une véritable quête. April a été la première à fuir la maison familiale située dans la

province de Zamboanga Sibugay. Souffrant très jeunes du décès de leur mère, les trois enfants ont

grandi avec leur père, qui les abandonnera quelque temps plus tard. Parti vivre avec leur tante et leur

grand-mère, le trio vécut paisiblement pendant deux ans. Suite au mariage de leur tante, cette vie

heureuse tourna cependant au cauchemar “à la Cendrillon”. L’esprit rebelle d’April la poussa à

s’enfuir avec pour seul bagage un petit sac et de maigres économies. Elle alla trouver son frère et sa

soeur qui travaillaient dans le jardin, leur dit au revoir et leur promit de revenir les chercher. En retour,

elle leur demanda de lui promettre d’attendre sagement ce moment-là.

Trois ans plus tard, cette promesse fut enfin tenue, mais non sans difficultés. Katriz et Elmer se sont,

en effet, séparés à leur tour après avoir suivi le même chemin que leur soeur aînée. Elmer erra

quelques temps avant d’être “adopté” dans une communauté où il s’adonna au travail domestique en

échange du gîte et du couvert. Katriz travailla quant à elle dans un petit sari-sari (sorte de kiosque) où

elle percevait un maigre salaire. Si les deux se trouvaient toujours dans la province de Sibugay, ils

s’étaient cependant perdus de vue. Avec ces circonstances, les enfants ont malheureusement arrêté

de fréquenter l’école.

Deux ans après, lorsqu’April retourna dans sa région natale pour chercher son frère et sa soeur afin

de les amener à Zamboanga avec elle, elle constata que seul son frère, Elmer, était resté. Ce dernier

habitait chez de la famille éloignée. Katriz, quant à elle, n’était plus là. De plus, personne n’avait de

nouvelles d’elle, ni savait comment la contacter. April et Elmer retournèrent à Zamboanga, avec un

sentiment de défaite et d’impuissance face à la disparition de leur soeur.

Un an après, le 16 février 2016, April assistait au bal de promo de son école. Si l’esprit du jour était

aux réjouissances, le visage d’April était grave. Son coeur était lourd au point même qu’elle faillit

annuler sa présence à a fête. Si tout le monde dans la maison était habitué à ses sautes d’humeur et

ses crises, ce soi- là était particulier, son âme paraissant plus lourde qu’à son habitude.

Plus tard dans la soirée, April rentra plus tôt que prévu, noyée dans ses larmes et dans un état de

frénésie et de nervosité palpables. Sa soeur Katriz, longtemps perdue, l’avait appelée durant le bal de

promo. La soeur cadette avait retrouvé April grâce à Facebook. À ce stade, le bal n’avait plus

d’importance et les deux soeurs commencèrent à se raconter leurs vies au téléphone, entre deux

sanglots. Katriz reconnu à peine la voix de son frère, Elmer, lorsque c’était à son tour de lui parler.

Durant cette soirée, aux allures de telenovela, on apprit que la jeune soeur habitait à Cagayan de

Oro, une grande ville de Mindanao, et qu’elle travaillait à mi-temps comme travailleuse domestique au

sein d’une famille et qu’elle était retournée à l’école. Cette soirée fut spécialement émouvante pour la maison.

Le 27 mai, notre fougueuse petite April, accompagnée de Lorna – la fondatrice du Holy Trinity

Orphanage et “maman temporaire” des enfants – arrivèrent à Cagayan de Oro. Les deux soeurs

étaient enfin réunies.

“Tu as grandi, ate.”

“Toi aussi, Kat!”

“Tes cheveux sont plus long maintenant!”

Elles se regardèrent de plus près et se firent quelques commentaires sur leur apparence physique.

Elles rigolèrent nerveusement et parfois, elles se trouvèrent à court de mots. Mais elles avaient le

même rire, et la même fureur dans leurs yeux. Il n’y a pas de doute possible, elles viennent bel et

bien de la même famille.


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